Tirage au sort pour les bacheliers : Communiqué de la Conférence des Doyens de Médecine

TIRAGE AU SORT INADMISSIBLE POUR L'ENTREE DANS LES ETUDES DE SANTE

Alors qu'un moratoire semblait avoir été convenu avec le secrétaire d'Etat aux enseignements supérieurs et à la recherche, la circulaire n°2017-077 du 24 avril publiée au bulletin officiel du 27 avril 2017 aborde à nouveau le recours éventuel au tirage au sort des candidats à une inscription universitaire, si les capacités d'accueil des universités étaient atteintes dans certaines filières dites "en tension". Parmi celles-ci, la PACES ou première année commune aux études de santé est nommément citée.

Dans un précédent communiqué en janvier dernier, la Conférence des doyens des facultés de médecine s'était insurgée sur cette pratique qu'elle trouvait inappropriée aux formations professionnalisantes aux différents métiers de la santé qui font appel, sans jeter le discrédit sur les autres filières universitaires, à des valeurs humaines nécessaires au contact du malade, de la maladie et de la mort.

Le recours au tirage au sort écartera inévitablement des candidats disposant du pré-requis et de cette vocation, sans pouvoir en faire la preuve puisqu'ils ne seraient pas autorisés à s'inscrire au concours de la PACES. En cela la Conférence avait jugé ce procédé inique et inégalitaire. Et ce d'autant qu'il ne pourra dès lors qu'encourager les déçus du système français à s'expatrier, mais uniquement les candidats disposant de moyens financiers conséquents, vers la Roumanie notamment, pour y accomplir leurs premier et deuxième cycles, pour ensuite intégrer le cursus français, hors numerus clausus de la PACES, en présentant les épreuves classantes nationales (ECN) d'accès en troisième cycle de spécialisation, ajoutant une seconde injustice à celle du tirage au sort.

D'autres solutions existent et sont utilisées par de nombreuses universités dans le monde. Des pré-requis peuvent être posés et le sont, en France, pour des filières universitaires professionnelles comme les IUT. Des organisations innovantes réorientant les étudiants, et limitant ou supprimant le redoublement en PACES sont possibles et limitent massivement le nombre d'étudiants inscrits au concours. Ces "expérimentations" PACES sont en cours et il est nécessaire de continuer à les développer et d'en desserrer encore les contraintes. Enfin l'augmentation présente et à venir du nombre de bacheliers, la nécessité de former un nombre croissant d'étudiants au niveau master imposent, dans tous les cas, un effort majeur de la nation pour ses universités.

La Conférence des doyens de médecine refuse les solutions faussement simples, humainement inacceptables, absurdes sur le plan académique. Les principes de modernité, d'autonomie des acteurs et de dialogue social doivent conduire à reconsidérer dans les meilleurs délais cette circulaire.

Le tirage au sort est à l'évidence le moyen le plus absurde de sélectionner les futurs professionnels de santé et il est de notre devoir de le rappeler.

Les doyens ne participeront pas à l'organisation d'un tirage au sort et demandent instamment aux ministres de tutelle de tout mettre en oeuvre pour ne pas avoir à user de cette discrimination aléatoire.

Paris le 28 avril 2017
Pr Jean-Luc Dubois-Randé,
président de la Conférence des doyens de médecine